Discours prononcé par
Monsieur Jean-Claude Van Cauwenberghe
À l’occasion de l’inauguration de l’Église Saint Antoine de Padoue
Charleroi, le 9 décembre 2001

 

Père Samuel, Mesdames, Messieurs,

Le Bourgmestre Jacques Van Gompel et moi-même sommes heureux que vous nous ayez conviés à participer à l’inauguration de votre église.

Nous voyons dans ce choix un geste de confiance envers les représentants politiques wallons et carolorégiens que nous sommes.

C’est un geste de fraternité et une marque d’ouverture.

Vous connaissez tous mes convictions.

Ce sont celles d’un libre-penseur qui, comme l’écrivait Sartre, « ne connaît qu’une Église :  la société des hommes ».

Ce sont celles d’un humaniste qui, comme Pascal, pense que « le respect de la personne humaine se fonde sur son caractère irremplaçable ».

Comme le bourgmestre actuel l’est tout autant, je me suis toujours voulu homme d’ouverture professant le plus profond respect pour les convictions de chacun de ses concitoyens, qu’ils soient juifs, protestants, islamistes, témoins de Jéhovah, catholiques de stricte obédience ou catholiques fidèles au Père Samuel.

Je ne me suis personnellement jamais senti, ni l’autorité, ni surtout la vocation de distribuer les bons ou les mauvais points aux croyants selon la chapelle qu’ils fréquentent ou le type de messe qu’ils préfèrent.

Pour moi, ce sont tous, quels que soient leurs choix religieux, des hommes et des femmes de chez nous, que je respecte avec tolérance, comme j’entends naturellement qu’ils respectent les autres.

Je suis attaché à cette tolérance dont Goethe affirmait « qu’elle ne doit être qu’un état transitoire qui doit mener au respect ».

Respect de soi et des autres.
Respect de la différence et de la liberté de conscience de chacun.
Respect réciproque et enrichissant.

Je place cet élément au fondement de tout engagement, comme le plus sûr rempart contre les tentations de repli, d’exclusion ou de dérives fondamentalistes.

C’est aujourd’hui plus que jamais indispensable, alors que tant d’exemples actuels nous prouvent que les drames de l’ignorance et de l’intolérance sont loin d’appartenir au passé et souillent déjà, du sang des innocents, un millénaire neuf que nous avions espéré plus civilisé.

Dans ce cadre, dans un monde qui souffre souvent de son manque de repères, de spiritualité et de la perte de sa dimension humaine, l’adhésion à des valeurs positives -qu’elles tirent de leur fondement de l’Homme ou de la Divinité- peut s’avérer porteuse de progrès.

J’apprécie en cela beaucoup de formule du cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski qui dit : « en dix phrases, les dix commandements expriment l’essentiel de la vie. Et ces trois mots -liberté, égalité, fraternité- en font autant ».

Je pense, en effet, moi aussi que pour l’homme de bien ou, plus modestement, pour l’homme en quête de bien, il existe plusieurs chemins pour témoigner de son amour de l’homme et pour affirmer sa solidarité universelle.

L’affirmer mais aussi la pratiquer au quotidien au travers d’une vie qui s’efforce d’être, non pas tant exemplaire que, conforme à ses principes.

En cela, je veux saluer l’extraordinaire disponibilité du Père Samuel pour écouter les détresses, tenter de soulager les misères, ouvrir son cœur aux autres.

Certes, il n’est pas le seul à le faire.

Certes, il a sa façon de le faire, mais il serait injuste de ne pas reconnaître son altruisme et sa générosité.

Le biologiste français, Henri Laborit, soulignait d’ailleurs qu’« il est plus facile de professer en paroles un humanisme de bon aloi que de rendre service à son voisin de palier ».

Mais c’est, selon moi, une étape nécessaire pour donner véritablement un sens à sa vie au sein de la Communauté.

L’attention portée aux autres est, en effet, une donnée capitale pour l’avenir de notre société. J’en fais l’expérience quotidienne, aussi bien au cœur de notre Ville que lorsque mes fonctions me conduisent sur les rives du Congo ou au sein de la misère du Chiapas ou des plateaux boliviens.

Père Samuel,

En dédicace du « Grand Livre  » que vous m’avez offert, vous avez inscrit cette parole de Jean Jaurès : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ».

Cette phrase que j’apprécie particulièrement renferme en elle tout le programme d’une vie, à la fois quête et action, à la fois doute et engagement.

Nous souhaitons, le Bourgmestre et moi, que votre nouvelle maison soit largement ouverte à tous, librement, sans sectarisme, comme doit être un foyer où l’on se réchauffe le cœur et le corps.

Je suis heureux d’avoir pu m’exprimer devant vous avec cette sincérité que nous nous devons les uns aux autres.

En ce jour heureux pour votre communauté, je sais que vous aurez compris le sens de notre message, celui d’hommes de dialogue et de responsables politiques soucieux du bonheur de leurs concitoyens dans l’harmonie de la Cité.

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